Mardi 11 décembre 2007
YACHT-CLUB INTERNATIONAL
Mars-avril 1988
Dynamique 62 et croisière aux Antilles
Première sortie : Tintamarre
Saint-Martin : une ile biscornue franco-hollandaise, où l'on parle anglais en échangeant des dollars US, ancien repaire de pirates, actuelle résidence de pas mal d'aventuriers.
Ile-décor pour vacances de rêve, mouillages innombrables, pains de sucre, routes à peine esquissées, fleurs et moiteur, habitations créoles ombrées de larges galeries sculptées. Le temps
d'entrevoir la vie qui palpite et trépigne, voilà déjà l’Anse Marcel, échancrure sereine tout au bout de l'île, coté sous le vent, face à Anguilla, plate
comme une Anglaise. Marina enchâssée dans la verdure qui dégouline des sommets, hôtel immense, neuf et superbe, et, joyau de la flotte amarrée, Ming, impeccable, pourvu de l'indispensable «
bimini-top », le taud qui reste à poste en navigation, protégeant l'équipage de l'insolation et de la fureur des grains. Arrière à quai, accès à bord par la passerelle à poste transformable en
échelle de bain, et le cockpit nous offre son espace. Conçu pour le charter, Ia version « Caraïbes» » du Dynamique 62 a privilégié cet espace de vie. On n'y trouve aucune manœuvre, aucun bout qui
vienne troubler la quiétude et la convivialité. Planchers et bancs lattés de teck, table à double abattant, immense barre à roue isolée par un arceau de protection : huit personne y séjournent
sans gène. Sitôt un pied hors du cockpit, la bête affiche ses ambitions : tout l’avant est réservé aux manœuvres, dans l’étincellement de la batterie de winches qui ceinture le pied de mât.
Faibles constitutions s'abstenir ! On comprend pourquoi, sur les dix-huit « Dynamique 62 » vendus à ce jour, tous ceux qui accueillent des clients imposent un équipage. Comptons-nous neuf et
parés à larguer! Evidemment, un catamaran de passage fait le plein de fuel, sur le quai d'en face restreignant notre marge de manœuvre, et je suis un peu étonné de voir Lionel, notre skipper, se
dégager aussi facilement. Nos vingt mètres virent littéralement sur place (encore un coup de l'hélice max-prop, sans doute!). L’eau verte défile dans un silence total, bravo pour
l'insonorisation. La houle nous cueille dès la sortie du chenal, alors que le vent nous attend au détour d'une pointe rocheuse. Bonne occasion de tester un peu la navigation au moteur. Vent réel
: seize nœuds, houle d'un mètre cinquante, vitesse sept nœuds face au vent. Plage avant un peu arrosée, le bateau passe admirablement dans la mer de plus en plus formée à l'approche de la pointe.
Nous sommes dans le canal d'Anguilla, faisant route vers Tintamarre, un ilot bordé d'une plage sous le vent, habité par des chèvres sauvages et décoré d'avions crashés, reliquat d'une guerre
mafieuse.
Lionel pousse un peu le régime, et c'est à huit nœuds et demi que nous escaladons les lourdes vagues d'acier. Le bateau est docile, la barre reste douce et précise, mais un grain
arrive, vite, à hisser la grand-voile à un ris! Face aux lames, les winches à plat pont requièrent du muscle, Patrick et Marc moulinent à deux rêvant d'un moulin à café ! Et vite, à dérouler la
trinquette, car sous grand-voile seule, le bateau part sous le vent dès que l'on abat un peu. La mer s'aplatit, le ciel ouvre ses vannes, et l'anémo grimpe sournoisement à trente-six nœuds de
vent apparent. Dès qu'on le soulage un peu en choquant un peu de grand-voile, Ming retrouve sa douceur et son aisance. Les virements de bord se succèdent, et là, au près, la position des winches
de voiles d'avant, placés de biais très en dehors des hiloires de cockpit s'avère judicieuse, même si l'équipier sous le vent est dans l'eau, celle-ci est tout de même à 25° !
Tintamarre, nous voici ! Le vent est si fort que le mouillage reste balayé de risées, les amateurs de planche, vite gréée, s'en donnent à cœur joie, alors que nous découvrons les
nudistes qui ont envahi l'île.
Nudistes, pas vraiment, ils sont nombreux à conserver... chapeau, chaussettes blanches et sandales ! Déjeuner à l'aise dans le cockpit, avec des côtes d'agneau grillées sur le
barbecue du balcon arrière. Baignade, douche sur la très vaste plage arrière véritable terrasse suspendue, et nous voilà repartis au portant, sous génois seul. Il y a des moments de navigation
privilégiée, où l'on voudrait avoir l'Atlantique devant soi. Ce retour sur Saint-Martin en fait partie ! Vent : trente nœuds, vitesse moyenne huit nœuds avec des pointes à dix nœuds, sous génois!
Là-bas, sur un haut-fond, les déferlantes s'envolent en gerbes turquoises, d'autres jouent à nous rattraper. Sans rouler, impérial, Ming laisse mousser l'écume autour de lui, nous sommes entre 90
et 100° du vent. Il nous faut hélas lofer un peu pour rentrer à l'Anse Marcel, et là, à 60 degrés du vent, l'allure s'avère moins confortable, les néophytes qui sont à bord perdent un peu de leur
splendide enthousiasme. Réalisent-ils la chance qu'ils ont d'être sur un grand bateau ? Retour à quai, douche chaude, le bateau se vide, et nous savourons à trois le surprenant confort intérieur.
C'est toute la magie du Dynamique 62 d'offrir, « en bas », un espace habitable de grand luxe. Alors qu'il ne faut pas perdre de vue que ce 62 pieds est le moins cher de sa taille sur le marché
occidental, et de loin !
Deuxième sortie: au Lagon
Les grains, la voilure réduite, le ciel d'encre et les rafales ne comblent pas, on s'en doute, les désirs bien légitimes d'images tropicales de notre photographe, et, entre deux
nuages, nous voilà partis à la recherche d'un mouillage cocotiers/plage blonde. Avant d'aller tirer des bords d'enfer dans l'immense lagon qui cerne Marigot, la« capitale » française de
Saint-Martin. Tout dessus, matelots ! Nous jouons entre les yachts ancrés paisibles au large de l'agitation touristique. Si manœuvrer reste sportif, virements, empannages, à part une abattée
intempestive qui ne cause aucun dégât, sont un plaisir. Philippe Briand est décidément un architecte inspiré ! Nous rêvons de semaines d'Antigua, de Nioulargue, de confrontations sans merci sur
fond de commisération pour les équipages moins nantis que nous une fois la régate terminée. Nous savons qu'à performances égales, bien peu de voiliers rapides offrent congélateur, micro-ondes,
ice-maker, salon-bar et table ronde à plateau tournant au centre des banquettes rondes !
La revue de détail
La carène est superbe et n'appelle que des compliments. Tout l'arrière du bateau est cossu, pratique, avec quelques réserves de détail : les aérations des coffres situés sous le
siège de barre peuvent laisser entrer de l'eau (mais elle s'évacue automatiquement). Les commandes moteur sont d'un accès un peu acrobatique, le capot coulissant de
roof, opaque, est lourd à manier, il glisse assez mal. Les passavants sont bien dégagés, mais le rail de fargue pourrait comporter les poulies d'écoute d'enrouleur intégrées. Le chariot d'écoute
de grand-voile Lewmar, sur le roof, est parfait... mais une poulie n'est pas à la bonne inclinaison, l'écoute rague et s'use. Le haie-bas de borne, à quatre brins, repris sur un winch est un
peu... archaïque! L'avant du plan de pont exprime bien le souci de l'architecte, puis du chantier: on n'a rien changé à la conception course initiale. Le pied de mât (maintenant posé sur le pont)
ceinturé de manœuvres : cinq winches, des séries de bloqueurs, poulies à l'extérieur du mât, tout comme les fils de circuit électrique ou d'appareils électroniques facilement débranchables mais
peu esthétiques.
Les six cadènes ne lâcheront pas, c'est sûr ! Fixées au pont par d'épaisses plaques d'inox boulonnées, on n'atteint pas avec ces pièces le sommet de l'élégance. Heureusement, « la
piste de danse » vient offrir son rond de teck au farniente avant que vers l'avant, la technique ne reprenne ses droits avec l'étai de trinquette, le double guindeau (électrique) à plat pont
l'étai avant et une ferrure d'étrave digne de Ben Hur. Il faut bien considérer que cette option présente l'avantage de ne pas avoir à mouler, à usiner, à concevoir même de pièces spéciales pour
le bateau, et qu'ainsi le chantier peut rester le roi de la compétitivité.
Un plaisancier maniaque, et en l'occurrence Michel Malinovski n'est pas loin de mon regard, trouverait peut-être les winches Barlow et l'avale-tout un peu sous-dimensionnés : mais
la récente traversée du bateau sur Antilles, au départ de la Rochelle, a prouvé que trois équipiers capables pouvaient le mener sans fatigue et sans problème à bon port. Ils n'ont, de surcroît,
pas voulu se servir du pilote automatique, prenant un légitime plaisir à barrer.
Ces réserves faites, je n'ai que des louanges à faire sur ce bateau : petit prix, performances et confort, que demander de plus, quand la carène est belle et l'élégance au
rendez-vous?
Plaisir de l'intérieur
Faut-il encore décrire cet intérieur, que tant de nos lecteurs ont sans doute visité longuement au Grand Pavois, et qui séduit d'emblée?
L'avant est occupé par une soute à voile ouvrant sur le pont, suivi d'un double cabinet de toilette possédant pas moins de neuf équipets, ouvrant par deux portes sur la cabine
bâbord à lit double et la cabine tribord à lits superposés. Vernis, lamifié blanc et vaigrage granité. Sobre et chic.
Dans les cabines, les capots de pont dispensent une large aération : j'ai dû le fermer chaque nuit, l'air circulait presque trop bien à mon gré! Bonne idée: les tiroirs sous les
lits et les penderies à hauteur modulable à la commande selon que le propriétaire porte pantalon ou short. Dans la coursive, contre la cloison de la cabine tribord à grand lit double (la
meilleure du bateau), se trouve un grand placard où notre skipper range ses filtres de dessalinisateur qui fournit 90 litres à l'heure, en consommant deux litres de gasoil : l'eau douce du bord
revient à un franc les cent litres; bien moins cher qu'au quai de la marina. La table à cartes change de place : désormais, c'est à tribord, en bas de la descente qu'elle se trouve, devant
l'ex-cabine arrière dorénavant équipée en local technique. L'autre cabine arrière, pourvue d'un cabinet de toilette complet avec douche, donne sur la cuisine, véritable appel à la gastronomie. Le
carré lui-même? Les images parlent, et l'on se prend à rêver de longues croisières douillettes.
Le Dynamique 62 version Caraïbes est d'un fantastique rapport qualité prix. C’est une excellente unité à acheter par exemple, dans le cadre de la défiscalisation, et à récupérer,
une fois amortie pour son compte personnel. Bateau idéal de charter, où les demandes de grosses unités s'amplifient, il peut accueillir huit clients exigeants en plus de l'équipage. C'est le
bateau de ceux qui aiment la course, la vitesse, pour qui la voile est un sport, mais qui refusent de vivre en spartiates. Un exemple très réussi de compromis lorsque les maxis grand confort sont
encore hors de portée.
« Antares » est un nom qui chante sur le thème de vitesse et beauté : mené par Yves Pajot dans la première La Baule-Dakar, puis seul monocoque Jet-Services aux mains
de Patrick Morvan, la bête de course dessinée par Philippe Briand est devenue un croiseur de luxe qu’un équipage aguerri peut souquer à loisir avant de se plonger, à l’escale, dans les plaisirs
d’un confort effréné. A bord de Ming, dans les eaux de Saint-Martin, F.W.I., nous avons mené un train… impérial. Ladies and gentmen, may I introduce the amazing « Dynamique 62
Caraïbes » ?